Monflanquin :
Les  Registres  de  la  Jurade
   XVII° siècle (seconde moitié)
Article : Deux problèmes  à Monflanquin au temps de Louis XIV : logements militaires  et rapports entre les catholiques et les protestants de plus en plus tendus jusqu'à la Révocation de l'Edit de Nantes et la destruction du Temple.. .
 
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dates marquantes de 1256 à 1787
Jurade 1574 - 1616 : Documents    Étude sur la Jurade 1574-1616    -  Chronique annuelle : 1666 cadastre
Jurade 1634-1641 : Documents      -  Étude sur la Jurade 1634 - 1641  Chronique annuelle : 1681
Jurade 1641-1687 : Documents      -  Étude sur la Jurade 1654 - 1687
Jurade 1702 - 1790 : Documents          
                                                                    
Annexe (documents Paroisses XVII°-XVIII°):   Arpentement -    Impôts   -   Naissances décès  - Pièces diverses
Annexe (documents Paroisses XIV°-XVI°):        Pièces diverses -
 
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Rédigé par M. Tholin puis par M Bonnat, archivistes du Lot et Garonne à Agen, l'inventaire des "Archives des communes des arrondissements de Nérac et Villeneuve sur Lot"   offre la possibilité d'une prise de contact instructive avec la Jurade de Monflanquin dans la seconde partie du XVII° siècle (1).                                    
Il ne s'agit pas ici d'une étude aussi poussée que celle menée précédemment (9) sur la période 1634-1641 , mais d'une première prise de contact avec les années 1654-1687 à Monflanquin ; en regroupant par séries les sujets présentés par les rédacteurs de la jurade au fil des évènements . Tout en respectant la périodicisation imposée par les archives elles mêmes et la rédaction -résumée choisie par les archivistes .
 
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 1654 - 1661
 
Alors que Mazarin gère les tensions du Royaume dont Louis XIV est le jeune souverain effacé, deux problèmes affectent la vie des habitants de Monflanquin au sortir de la Fronde : les logements militaires et les rapports entre les catholiques et les protestants .
 
- Le premier problème : la présence des soldats.
Elle est lourde, humainement et financièrement, pour Monflanquin comme pour l'ensemble des régions du Royaume. (2)
 
L'année 1654 se termine sur une lettre du Roi qui annonce sa décision de l'envoi de deux compagnies du Régiment de la Mailleraie et de leur installation en garnison à Monflanquin .... M. Deteil , commandant de garnison, informe par ailleurs que le Régiment du Grand Maître doit se former à Monflanquin, mais que pour éviter les frais qui en résulteraient  la communauté pourrait s'en libérer en lui fournissant deux chevaux .
Rien de bien réconfortant ! D'autant plus qu'après de vaines démarches faîtes , sur la demande expresse de la jurade, par le Père Murat  religieux des Augustins, il faut s'executer . Or les deux chevaux coûtent  47 pistoles 1/2. Sur l'assurance qu'une somme de 600  écus suffirait pour se libérer de la garnison pendant un quartier d'hiver, il est décidé par la jurade de lever cette somme par une "collecte volontaire et raisonnable". L'accord est donc passé entre les consuls et le Maître de camp de la cavalerie de Conti; mais cet accord ayant donné lieu à des contestations  il est révisé d'autorité par l'Intendant M. Tallamans .                                                                                                                                                   Louis XIV  
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Ruinée par cette obligation de logements militaires , la communauté ne trouve d'autre ressource que la vente de la justice criminelle, seul patrimoine qui lui reste.
Mise aux enchères , la justice est adjugée pour 300 livres aux représentants du Marquis de Théobon en 1657 .
Signe de l'état des finances de la jurade cette vente est en même temps une régression de ses pouvoirs face au monde seigneurial .
La situation est telle que la jurade demande des délais pour le paiement de la taille , "en raison de la misère des habitants ruinés par les logements militaires".
 
         
Le second problème : les rapports entre catholiques et protestants.
La tension croissante se fait sentir pendant toute la période la période concernée (2).
L'ordonnance du 30 décembre 1657 du Marquis de Saint Luc - Lieutenant du Roi en Guyenne - confirme, à la requête des consuls sortant de charge, la nomination de quatre consuls catholiques afin, est-il affirmé d "éviter les troubles que les consuls réformés se voient reprocher".
Les représentants protestants entendent ne pas s'incliner devant une ordonnance somme toute subalterne quand ils peuvent s'appuyer sur l'ordonnance du Roi en date du 31 Août 1650 qui approuvait l'accord local passé entre catholiques et protestants le 6 juin 1623 et selon lequel le consulat devait être mi-parti . Finalement après un long conflit , révélateur de la pression catholique et de la résistance légaliste protestante , c'est sur la base des accords initiaux que se font les élections consulaires avec l'assentiment de l'Intendant. Les protestants peuvent avoir légitimement le senti-ment  que s'appuyer sur la Loi et le Roi suffit à les préserver de l'étouffement recherché par les catholiques. Ils vont donc garder  cette attitude pendant une longue partie de la période, subissant l étranglement progressif d'un véritable collier de force politique sans vouloir y croire.
 
 
1666 - 1667
 
Mazarin n'est plus déjà depuis quelques années et Louis XIV règne désormais en Roi absolu, mais à Monflanquin  les problèmes  des  décennies passées restent les mêmes :
 
Les logements militaires continuent à être un souci permanent et coûteux. Aussi l'ordonnance du Lieutenant Général Saint Luc, exemptant les maisons que le sieur Delas ,procureur au Parlement, possède à Monflanquin, ne passe pas inaperçue. D'autant plus qu'au même moment la ville est avisée du logement à prévoir de la compagnie du sieur de Montlesy , capitaine au Régiment de Picardie .
 
La question protestante ne trouve que des solutions d'un moment aussitôt remises en cause, les catholiques n'étant pas satisfaits du statu quo. C'est ainsi qu'ils n'acceptent que momentanément l'arrêt du Conseil d'État portant règlement sur le partage intervenu entre les commissaires exécuteurs de l'Édit de Nantes, en date du 18 septembre 1664, en Dauphiné (3). L'espoir des Réformés d'un modus vivendi enfin obtenu ne sera que de cour
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Mais d'autres préoccupations mobilisent en même temps les consuls en fonction et compliquent leur tâche déjà délicate : la vie administrative de la jurade d'une part , la gestion des finances d'autre part .
 
En matière de vie administrative il est à noter la remise par le sieur Castillon , notaire de son état, des documents couvrant  une partie des privilèges de la ville. Les consuls constatent, en cette occasion, que les documents ont été récemment altérés et ils décident que le coupable sera recherché. Il faut bien comprendre toute l'importance d'un tel évènement à une époque où il était souvent nécessaire de rap-peler  juridiquement ses droits, preuves à l'appui, face à la puissance envahissante de l'autorité royale. L'altération des documents ou leur absence signifient la non reconnaissance des privilèges et leur disparition.
 
En attendant que lumière soit faite, un inventaire est entrepris qui enregistre :
- des lettres de confirmation des privilèges de la ville des divers souverains depuis Louis XII jusqu'à Louis XIII.
- une copie du cahiers des coutumes de la bastide. En treize feuillets-parchemin et trente quatre articles, signé avec un "ne varietur" par le sieur de Lafontaine, le 1° décembre  1583 .
- des copies de pièces de l'année 1595 relatives à la vente du temporel des ecclésiastiques .
En même temps requête est adressée au Parlement de Bordeaux pour obtenir une ordonnance contre ceux qui détiennent des titres, ou des archives, et contre les habitants qui ne se rendent pas aux réunions quand ils sont convoqués par la jurade .
Dans la même logique du système , les prérogatives des uns et des autres font l'objet d'examens attentifs. Ainsi la question de savoir si la communauté doit rendre hommage au Roi ou à la Duchesse d'Aiguillon engagiste pour la moitié de la justice criminelle et pour le greffe.... Ainsi la requête de noble David de Passelaygue, en son nom et au nom d'autres gentilshommes, pour faire affirmer par l'intendant le droit que les gentilshommes ont d'opiner avant le clergé dans les assemblées des trois ordres, "car attendu la prétention émise de faire opiner les jurats avant les gentilshommes dans l'assemblée tenue à Monflanquin ,ces derniers s'étaient retirés".... Ainsi l'application de l'ordonnance de l'intendant , rendue à la requête des consuls et indiquant que l'on convoquera le clergé et le tiers état pour dresser la liste des gentilshommes ; il est fait observer toutefois qu'on en peut discerner les véritables nobles sans consulter leurs titres .
 
On touche là, par voie de conséquence, à  la gestion nobiliaire qui veut qu'il n'y ait pas de seigneur, donc de privilèges financiers, sans titres . Gestion dont les archives gardent la trace en relatant les délibérations sur la justification des titres de noblesse et sur la vérification des dettes de la communauté. Ces nobles dont l'arpenteur Pierre Rivière (8), commis pour établir le cadastre, déclare qu'ils se refusent à laisser arpenter leurs terres et que lui-même n'ose continuer son travail. Attitude d'autant moins supportable qu'au même moment la jurade, en réponse aux difficultés économiques, en est à donner des biens incultes et abandonnés à des gens solvables qui paieront les tailles attachées à ces terres, et ce pour  alléger la répartition de l'impôt fixée en fonction du fameux cadastre contesté par les nobles.
Cette inquiétude concernant les impôts royaux s'accroît de la préoccupation de couvrir les dépenses locales. Avec parfois des achats révélateurs de l'importance de l'apparat dans cette société du XVII° : en pleine période difficile , alors que l'on vend pour 300 livres la justice criminelle seul patrimoine restant, on demande l'autorisation d'imposer de 600 livres  les Monflanquinois pour acheter six robes consulaires. Chiffre également à comparer aux 633 livres que représentent les frais municipaux annuels; car il faut bien penser aussi aux dépenses relevant de la responsabilité de la jurade : par exemple refaire le pont de la Sauvetat en obtenant d'ailleurs que la juridiction de Villeneuve participe aux frais.
La gestion oblige également à rendre des comptes sur les revenus de la Halle, du souchet et des boucheries ce qui  améne à préciser que, depuis 1624, ces revenus sont perçus par les seigneurs de Théobon; autre amputation grave aux recettes de la jurade.
 
1667 - 1669
 
La question des logements militaires est toujours d'actualité. L'ordre de loger la compagnie de Maisonville confirme la permanence certaine des passages à charge de l'habitant,  en raison de l'inexistence de casernes et d'une intendance digne de ce nom (4)
 
La tension entre catholiques et protestants est tout aussi permanente. La requête des syndics du diocèse d'Agen  à l'intendant M. Pellot expose que deux religieux du couvent des Augustins de Monflanquin exercent la fonction de régent et que ces religieux prêchent, en raison de quoi ils reçoivent chaque année la somme de 40 livres; or M. de Becays et ceux de la RPR  ont obtenu que cette somme leur soit restituée pour l'année précédente et maintenue à l'avenir.
Autre requête des syndics du clergé d'Agen qui dénonce le greffier de Monflanquin comme étant de la RPR et les protestants d'avoir fait attribuer au médecin de la ville les gages ordinaires donnés au prédicateur. L'ordonnance de M. Pellot, du 27 février 1668, destitue le greffier qui sera remplacé par un catholique et décide que sur les 100 livres attribuées au médecin la moitié sera donnée au prédicateur du carême.
Au même instant la jurade apprend que certains catholiques veulent enlever la cloche de l'horloge pour la faire servir à l'église. Le curé, présent  à l'assemblée, déclare "tant pour luy que pour ses paroissiens qu'il n'empesche que la cloche ne soit montée dans le clocher de l'esglise". Il fait constater  que les voix ont été partagées à ce sujet et que nulle décision n'a été prise, les jurats catholiques ayant quitté la séance sans vouloir signer le procés verbal.
La jurade, en outre, prend acte officiellement de la déclaration du 1° janvier 1669 par Louis XIV portant réglement pour les protestants.
 
La vie administrative, par contre, ne traverse les  archives de la jurade que rarement comme avec cet acte ayant trait à une copie d'un " edict du Roy portant pouvoir aux communautés de rentrer dans leurs usages  avec défences  de  saizir les bestiaux, du moys d'Apvril mil six cens soixante sept, avec l'ordonnance de  Monsieur Pellot intendant en Guyenne rendue en conséquence du vingtième juing ensuyvant".
 
La gestion financière de la communauté est plus fournie avec la mention de la démolition de l'hôpital, dont les matériaux ont servi à bâtir la maison de ville. Avec, aussi, la copie d'une sentence arbitrale de l'année 1614 déterminant la répartition proportionnelle des impositions à payer par les juridictions de l'Agenais. Plus la copie du procés verbal de la vérification des limites de la juridiction faite par Bernard Dubédat et Pierre Blondeau, arpenteurs jurés, en l'année 1605 où il est constaté que la superficie de la juridiction est de 24.874 carterées .
 
La gestion nobiliaire : Ce sont enfin les délibérations relatives à la prétention des gentilshommes de posséder des biens nobles ... L'ordonnance de Pierre Dupuy, commis saire subdélégué par l'intendant M. Pellot pour la recherche des usurpations de la noblesse, déclarant que Gédéon de Bauregard, écuyer sieur de Monsouci, a fourni toutes les preuves de sa noblesse .... L'ordonnance de M. Pellot relative à la vérification des titres de noblesse des frères Boulède sieurs de Rival, de Laroque, de Safir.
 
1669 - 1673
           
Le passage des gens de guerre revient sous la plume des jurés de façon lancinante, avec ses inconvénients et l'espoir que les miltaires ne resteront pas trop longtemps (5).
 
De la même façon, les rapports entre catholiques et protestants continuent de défrayer régulièrement la chronique locale ! Il faut une ordonnance du Maréchal d'Albret, gouverneur de Guyenne, pour que les consuls catholiques, qui s'étaient retirés de la ville de Monflanquin, y reviennent afin que les affaires ne restent pas en souffrance .
Faut il mettre au compte de ces tensions et des mouvemnts séditieux mentionnés dans la ville le départ des consuls catholiques? En effet des plaintes ont été adressées au gouverneur de la province par quelques personnes qui ont annoncé que "il se fait à Monflanquin des attrouppements séditieux". La jurade proteste et atteste le 28 Avril 1672 que rien de pareil n'esrt venu à sa connaissance.
 
Sur le plan administratif, des lettres du gouverneur le Maréchal d'Albret qui attestent de son intervention dans les élections de l'année 1671, ce qui n'est pas prévu par les textes. Cette intervention démontrent l'élargissement du pouvoir royal aux dépens du pouvor local déjà bien restreint.
Presque anecdotique apparait la copie d'un acte d'échange de pièces de terre passé entre le sieur Paloque et le Recteur de Saint Aubin ....et sans surprise les contestations entre les consuls sur une question de rang protocoalire .
 
1669 - 1673
                       
Sur le plan financier la jurade, dont les revenus sont objet d'inquiétudes constantes, se penche une fois de plus sur les pièces relatives à la liquidation des dettes et sur le paiement de la réfection du cadastre, référence indispensable pour les impôts. Autre objet d'inquiétudes quasi endémiques, les comptes : il faut cette fois une ordonnance de M. de Sève l'intendant pour contraindre les anciens consuls à rendre leurs comptes .
 
Les affaires militaires, durant ces quelques années semblent se diversifier car non seulement les registres de la jurade parlent de logement mais aussi de milice (6).
La communauté fournit en effet dix miliciens, respectant en cela l'ordonnance du 16 Mai 1674 signée par le Maréchal d'Albret, qui convoque le ban et l'arrière ban de la noblesse de la province et impose aux villes l'obligation de fournir, suivant leur rang, de trois à dix miliciens. De plus, Monflanquin figure au nombre des étapes prévues sur la route que prendra la noblesse de la Sénéchaussée de Gourdon.
Les artisans et maîtres taxés d'un total de 900 livres 2 sous pour livre, la jurade demande "un dégrèvement attendu que la ville est petite, ouverte, ruinée, peu habitée, grevée de logements militaires et qu'elle compte fort peu d'artisans". Par ailleurs, on décide de se plaindre au Maréchal d'Albret des excés et vexations commis par les dragons en garnison à Monflanquin.
L'année suivante - 1675 - la ville fournit cinq miliciens qui coûtent 500 livres.
En octobre 1676 les consuls exposent à l'intendant que leur juridiction a été ruinée par la gelée et par la grêle. Ils demandent que les ordonnances et réglements sur les logements militaires soient observés et que, dans le cas où il y aurait plus d'une compagnie à loger, ils soient chargés de répartir par billets les  logements dans toute la juridiction. Ordonnance de l'intendant qui leur donne satisfaction .
 
Les affaires administratives mettent en valeur la défense que tente d'exercer la jurade face aux empiêments extèrieurs : le Maréchal d'Albret ayant voulu intervenir en tant que gouverneur dans les élections consulaires pour l'année 1674, on ira lui faire des remontrances, attendu que c'est contraire aux privilèges de la ville et que le Maréchal pourrait nommer des "insolvables".
De même, en opposition à la prétention de M. de Belsunce qui revendique la justice, on invoque un arrêt du Conseil rendu contre la Reine Marguerite, qui reconnait les droits des consuls sur la justice haute, moyenne et basse.
 
Les affaires financières sont abordées lors des délibérations, quand ils est question des prétentions de certains gentilshommes de posséder des biens nobles et que les preuves leur en sont réclamées : production des titres de noblesse de la famille de Persy avec l'ordonnance de vérification délivrée par le commissaire M. Dupuy, production également des titres de noblesse de la famille de Godail, vérifiés par le même commissaire M. Dupuy.  Par ailleurs, copie d'un arrêt du Conseil Privé, rendu le 14 Août 1646, qui , à la requête des consuls de Monflanquin contre la veuve Sarrau (10), propriétaire des greffes de la sénéchaussée et présidial d'Agen, fixe les taux des droits à percevoir pour lesdits greffes .
Sans oublier qu'il faut régler l'imposition de 1.213 livres pour le rachat des offices de Visiteurs et contrôleurs des eaux de vie, vin et boissons .... Qu'il faut enregistrer les quittances de paiement de diverses dettes de la communauté et les pièces relatives à la période de troubles de 1652 à 1654 pendant laquelle le sieur Gardès comptable, s'est entièrement ruiné au service de la communauté .... Qu'il faut déclarer, en exécution d'une ordonnance royale, les biens qui ont été usurpés sur la communauté ou aliénés sur elle.
 
 1678 - 1687
 
Les dossiers sur les logements militaires s'enrichissent de la demande de Paponneau ,hôtelier, qui veut être indemnisé des frais de logement d'un capitaine du Régiment de Castres, "logement imposé par les consuls pour le bien public et pout éviter que la ville ne fût pillée" (7).
 
Par contre les tensions entre catholiques et protestants deviennent explosives en raison de la politique d'étranglement que pratique la monarchie aux dépens de la religion réformée.
Le 9 Juillet 1681, la jurade évoque les soulèvements populaires qu'il y a eu dans les paroisses de Savignac, St Aubin, St Caprais et Lamothe-fey . A Savvignac le tocsin a été sonné, on a incendié la maison de Vergniol chirurgien et tenter d'enlever les portes de l'église. La jurade est d'avis d "informer les puissances supérieures de ces soulèvements", de faire descendre et de mettre en lieu sûr les cloches des paroisses mutinées, d'organiser la garde dans le clocher de Mon flanquin; "on aidera le vice - Sénéchal à faire une enquête".
Jehan le vice Sénéchal vient avec huit archers, escorté par les consuls, la noblesse et les principaux habitants du pays, au nombre de cent cinquante cavaliers ou gens à pieds. On fait huit prisonniers et la sédition paraît calmée. A la suite des informations, la communauté est chargée de l'entretien de douze prisonniers, dont huit de la juridiction de Monflanquin et quatre de celle de Paulhiac.
L'arrêt du Conseil d'Etat  du 24 Novembre 1681 " xclue pour toujours du consulat et conseil politique de Monflanquin les Prétendus Réformés , attendu qu'ils sont cause de la mauvaise administration de cette communauté."  Sont nommés : premier consul Jean de Faure, deuxième consul Antoine Fabre, troisième consul Guillaume Chaolon, quatrième Géraud Bouzinac, cinquième Henri Qitte, Sixième Jean Coutanson chirurgien et pour conseiller politique le sieur Prieur curé primitif et, en son absence, son procureur le noble Henri de Paloque Recteur de la dîte ville... Noble Jean Louis de Paloque, noble Jean Antoine de Lustrac sieur de Canabazès (7).
Cette jurade, nommée, attribue aussitôt au prédicateur les 100 livres de gages de Pierre Fournier médecin de la ville mais appartenant à la R.P.R.... Acte de protestation de Pierre Fournier.
En 1686, érection d'une croix, à la suite d'une mission prêchée par les péres Capucins envoyés par l'évêque d'Agen (La destruction du Temple de la place Caladon est passée sous silence de même que les excés des "dragonnades" , système du logement militaire poussé volontairement à ses extrèmes (11). La nouvelle jurade pratique l'auto-censure).          
 
Les affaires administratives ne sont pas pour autant absentes. Le conflit a pour objet l'élection d'un consul malgré les incompatibilités dûes à son insolvabilité.... au procés qu'il  a avec la ville.... aux exactions qui lui sont reprochées comme collecteur.
Les élections de 1682 donnent lieu à un incident, au   sujet duquel le Marquis d'Ambre, Lieutenant en la province de Guyenne, écrit aux consuls "J'ai vu votre député. La rature  qu'on a fait à ma lettre est une friponnerie qui mérite punition et vous pouvez procéder à une nouvelle élection des consuls du second et troisième rang".
En 1684, ce sont deux consuls qui refusent d'exercer leurs charges, prétextant l'un son âge, l'autre ses fonctions de notaire résidant dans la juridiction de Villeneuve. Par ordre de l'intendant Bazins de Besons une nouvelle élection est faite pour deux charges de consuls. Décidément les temps ne sont plus où le consulat attire les candidats !
 
En ce qui concerne les affaires financières les dossiers ne manquent pas où les seigneurs sont une fois de plus en cause . Un échange de lettres entre la jurade et l'intendant traîte de "la confection du nouveau terrier , qui ne doit léser aucun dorit mais qui servira à constater les usur pations au détriment du Roi , particulièrement fréquentes quand les seigneurs possèdent des terres en paréage avec le Roi". Dans cet esprit , opposition est faite à la prétention que certains seigneurs ont à la nobilité de leurs fonds, notamment les Marquis de Belsunce et de Théobon, le Vicomte de Ribeyrac, les sieurs de Lamothe-Sudre et de Lacaussade, les Bénédictins d'Eysses .
Suivent une série de vérifications de la prétendue nobilité de certains biens et copie de quelques pièces produites, parmi lesquelles figure un arrêt du Parlement de Bordeaux de 1619 reconnaissant comme bien noble et exempt de taille la maison de Lamothe - Feyt appartenant à l'abbaye d'Eysses .
 Dans le respect de l'ordonnance de l'intendant Faucon de Ris, prescrivant à toutes les communautés de l'Agenais de faire vérifier leurs rôles d'imposition et leurs comptes par le sieur Bordes Lieutenant Particulier au Présidial d'Agen, il est procédé à l'état de vérification des comptes de la communauté, les frais municipaux étant fixés à 663 livres : l'entrée de l'évêque, en 1682, coûtent à elle seule 32 livres aux Monflanquinois ( Les frais municipaux étaient déjà de 663 livres en 1667 (3)
 
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Les séries de documents que nous offrent les Registres de la Jurade de Monflanquin, entre 1654 et 1687, sont donc pour l'essentiel au nombre de quatre :
                                    - Les logements militaires des troupes de passage .
                                    - Les tensions entre catholiques et protestants .
                                    - La vie administrative proprement dîte .
                                    - La gestion financière de la communauté .
 
Les réactions constantes des consuls face à la lourdeur, voire aux excès de la présence des troupes royales en déplacement, attestent de la crainte éprouvée par les Monflanquinois, comme toutes les communautés du Royaume, devant ce véritable fléau.
 
La situation des protestants face aux catholiques ne cesse de se détèriorer pendant toute cette période, jusqu'à la révolte de 1681 suivie d'une exclusion des charges municipales et de la fermeture du Temple, passée sous silence de façon surprenante ( si l'on oublie la main mise des catholiques sur cette institution) dans les registres de la jurade. Au total, cette série de témoignages est la plus riche sur l'Histoire proprement Monflanquinoise.
 
La vie administrative est dominée par les rivalités de personnes et les prérogatives qu'ils défendent âprement. L'ensemble est révélateur des perspectives individuelles dans cette société du XVII° siècle, où tenir son rang n'est pas un vain mot.
 
La gestion financière, enfin, est révélatrice des difficultés de la communauté, mais aussi de la surveillance exercée sur l'authenticité des droits de la Noblesse, en raison des exemptions en matière de taille. "Nul seigneur sans titre" sert continuement de référence à la Jurade sur le qui-vive .
 
Il sera intéressant de revenir sur ces documents pour en faire une analyse plus minutieuse, mais les enseignements présents ont déjà un intérêt certain pour la bonne compréhension de la vie Monflanquinoise dans la seconde partie du XVII° siècle.
 
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 Bibliographie :
  1 - Tholin et Bonnat "Inventaire d'Agen , série E Splt , Tome II , Agen 1898 - 1932
  2 - E Splt 3465 - BB2 - in folio 160 feuillets
  3 - E Splt 3466 - BB3 - in 4°     180 feuillets
  4 - E Splt 3467 - BB4 - in folio 136 feuillets
  5 - E Splt 3468 - BB5 - in folio 131 feuillets
  6 - E Splt 3469 - BB6 - in 4°     390 feuillets
  7 - E Splt 3470 - BB7 - in 4°     344 feuillets
  8 - E Splt 3474 - CC1 - in folio 329 feuillets
  9 - Odo Georges "Les extraits des Registres de la Jurade 1634-1641" in S.L.A. n° 218 à 232 (1983)
 10- Odo Georges " Claude Sarrau de Boinet"  in S.L.A. n°271/272 (1988)
 11- Odo Georges "La Révocation de l'Edit de Nantes"   in S.L.A. n°233 à 241  (1985)
 
 
                  ODO   Georges
Sous les Arcades n° .354/355
 1995
 
 
 

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